
Le pronostic est une notion particulièrement complexe. Prédiction de l’évolution de la maladie, le pronostic est depuis l’Antiquité un élément central de l’action médicale. Il guide en effet la décision et permet d’informer le patient et ses proches de l’avenir possible ou probable de la maladie. Si la prédiction d’un handicap futur est difficile, celle de la qualité de vie l’est encore plus car elle doit prendre en compte de multiples facteurs qui dépassent largement le domaine des connaissances médicales. Or l’utilisation du pronostic, pour d’importantes décisions comme celle d’arrêt de traitements chez des patients victimes de graves accidents vasculaires cérébraux, pose d’importantes questions éthiques qui méritent d’être discutées. Peut-on et comment pourrait-on définir un handicap inacceptable qui amènerait à penser que la vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue ? Comment prendre des décisions médicales dans un contexte d’incertitude importante ?
Par essence incertain, le pronostic amène à interroger, au-delà de la pratique médicale en situation d’incertitude, notre souhait grandissant d’anticiper le futur pour mieux le maîtriser.
Sophie Crozier est médecin, neurologue, dans le service des Urgences cérébro-vasculaires du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière à Paris (APHP). Elle est également titulaire d’un doctorat en éthique médicale, portant sur les questions éthiques posées par les arrêts de traitement chez des patients à risque de lourd handicap à la suite d’accidents vasculaires cérébraux graves.
Elle est par ailleurs membre du comité consultatif national d’éthique (CCNE) depuis 2016 et coordonne la démarche éthique à l’APHP.
